Historique

Vers 1135, au pied du coteau boisé le long de la rivière Andelle, Amaury Ier de Meulan seigneur de Gournay, fonde un prieuré de femmes en un endroit appelé Fontaine-Guérard, lieu où coule une source aux vertus guérisseuses.

Vers 1190, sur la demande de Gautier de Coutances, archevêque de Rouen et grand bienfaiteur de monastères, Robert III de Beaumont dit blanches mains, comte de Leicester et cousin d’Amaury de Meulan, fait un don important assurant la renaissance de l’établissement.

Avant 1207, les moniales s’affilièrent à l’ordre de Cîteaux et une bulle du pape Innocent III en ratifie les privilèges. L’église est consacrée en 1218 par Robert Poulain, archevêque de Rouen. Tous les bâtiments réguliers sont construits en 1253, lorsque la première abbesse Ida en prend possession. Le prieuré est érigé en abbaye par saint-Louis.

Beaucoup d’abbesses appartenaient à l’aristocratie du pays. Dans la liste, quelques noms dominent. On cite Élisabeth de Maromme qui gouverna l’abbaye pendant quarante-quatre ans (1496-1540) et fit exécuter des travaux importants. On parle surtout d’Élisabeth Le Cordier de Bigards de la Londe, abbesse pendant quarante-deux ans (16191661).

Plan de l’abbaye (début XVIIIème siècle).

À la Révolution française, les bâtiments sont vendus comme biens nationaux. La dernière abbesse fut Marie Madeleine-Eléonore du Bosc de Radepont. Nommée en 1777, elle se retire dans sa famille à Radepont en 1790 lors de la dispersion du monastère.

À la destination religieuse des lieux allait succéder une utilisation industrielle.

Le 12 mars 1792, François Guéroult devient acquéreur des bâtiments. Dès lors, il décide de créer une vaste filature de coton. Après avoir utilisé le dortoir des moniales en filature, dortoir devenu rapidement trop petit face au développement de cette activité, Il va utiliser l’abbaye comme carrière de pierre pour la construction de la première filature. En 1822, M. Guéroult vend le domaine industriel au baron Levavasseur, propriétaire de nombreuses filatures en Normandie.

En 1851, dans son Histoire du château de Radepont et de l’abbaye de Fontaine-Guérard, Léon Fallue nous informe qu’il ne reste de l’abbaye que deux bâtiments et l’église, qui forment ensemble les trois parties latérales d’un carré : il s’agit du bâtiment des moniales et du bâtiment sud comprenant le chauffoir et le réfectoire.

Au début du XXème siècle, les descendants du baron Levavasseur vendent le domaine monastique. Plusieurs acquéreurs se succèdent jusqu’en 1937, date à laquelle le dernier propriétaire Fernand Colombel, sans héritier, lègue son domaine à l’Armée du salut. Après la Seconde Guerre mondiale, l’Armée du salut met en place un programme de restauration des bâtiments conventuels en accord avec les Monuments historiques. Afin de valoriser le patrimoine architectural, la Fondation de l’Armée du salut a mis en place en 2003 des chantiers d’insertion à objet culturel permettant ainsi de lutter à la fois contre l’exclusion sociale et contre l’exclusion culturelle.

En 2013, l’Armée du Salut a vendu son domaine à un propriétaire privé qui souhaite partager avec le visiteur la magie des lieux, et redonner à cette abbaye classée « Monument Historique » toutes ses lettres de noblesse et un nouveau rayonnement culturel.