Spiritualité

L’ordre cistercien est un ordre monastique de droit pontifical fondé en 1098 par Saint-Robert de Molesme, en réaction au laisser-aller des monastères clunisiens vis-à-vis de la règle de saint Benoît.

Les cisterciens marquent profondément l’histoire par leur spiritualité au point d’irradier tous les secteurs de la société féodale. Orants, ils cherchent Dieu dans toute leur vie et particulièrement dans la lectio divina (Lecture priée de la Bible) et la liturgie. Celle-ci, qui se veut fidèle à la règle de saint Benoît et à la tradition de l’Église, vise à orienter le cœur vers « la contemplation du Christ incarné », vers une piété plus sensible et une religion plus charnelle. Cette spiritualité s’appuie donc sur toute une théologie, où l’ascèse est au service de la paix intérieure et surtout de la quête de Dieu.

L’objectif de la spiritualité cistercienne est d’être en permanence attentif à la parole de Dieu et de s’en imprégner. C’est l’explication du choix du désert : les cisterciens s’installent en des endroits reculés (mais bénéficiant de bonne potentialité d’irrigation, qu’ils mettent en valeur) afin de se consacrer à l’essentiel : la recherche de Dieu. Les abbayes cisterciennes sont la plupart du temps construites dans des vallées, reculées d’autres habitations, à flanc de colline, sur un site offrant des sources pour l’eau potable, et près de rivières pour la création de bassins d’élevage de poissons, l’irrigation et les réseaux d’eau nécessaires à l’abbaye (latrines, etc).

En entrant au monastère, le moine laisse tout, sa vie est rythmée par la liturgie. Rien ne doit le perturber dans sa vie intérieure. Le monastère a pour fonction de favoriser cet aspect de la spiritualité cistercienne. C’est pourquoi les rituels cisterciens sont précisément codifiés dans les Ecclesiastica officia et que l’architecture des abbayes qui doit répondre avant tout à cette fonction suivent les instructions précises de Bernard de Clairvaux. Ainsi, l’architecture, l’art ou les manuscrits cisterciens adoptent un style pur et dépouillé. Avant d’être une mystique, la spiritualité cistercienne est une spiritualité incarnée : que la vie quotidienne aille de soi est la condition sine qua non de la paix intérieure et du silence, propice à la relation avec Dieu. Tout doit y conduire et rien en distraire.

Selon la règle de Saint-Benoit, la quête spirituelle ne peut s’accomplir sans le travail manuel: « les moines seront vraiment moines lorsqu’ils vivront du travail de leurs mains, à l’exemple de nos pères et des Apôtres ». C’est pourquoi les cisterciens exploitent directement les terres et les propriétés dont ils ont la charge. Ils sont aussi aidés par les convers (religieux qui n’ont pas fait leurs voeux), et par des salariés (souvent employés pour les travaux des champs entourant les « granges » (fermes) dépendant de l’abbaye. Ce choix n’est pas dû à des considérations économiques, mais à des raisons spirituelles et théologiques: l’Écriture valorise la subsistance de chacun par son travail, les Pères du désert travaillaient de leurs mains. Pour le législateur de la vie monastique en Occident, l’oisiveté est ennemie de l’âme et les frères doivent s’occuper à certains moments par du travail manuel. À ce caractère central de travail manuel dans le monachisme, d’après les cisterciens, s’ajoute une autre motivation: la grande richesse de plusieurs abbayes de l’époque faisait de leurs moines des nantis (et même parfois d’authentiques seigneurs féodaux) assez éloignés de la pauvreté évangélique qui semblait nécessaire aux premiers moines pour chercher Dieu d’un cœur pur. Par suite, cette charte des premiers cisterciens qu’est le Petit Exorde de Cîteaux définit le moine, par opposition à celui qui touche des dîmes, comme celui qui possède des terres et en tire sa subsistance par son propre travail et celui de son bétail. Naturellement les cisterciens s’ingénient à améliorer sans cesse le résultat de leur travail, et comme par ailleurs ils jouissent de facilités que n’ont pas toujours les autres paysans de l’époque (main-d’œuvre et capitaux pour réaliser de grands travaux de drainage et d’irrigation, liberté de circulation, possibilité d’avoir des dépôts de vente dans les grandes villes, de construire routes et fortifications, etc.) ils acquièrent assez vite une grande maîtrise technique et technologique, ce qui est pour beaucoup dans leurs succès économiques du XIIème siècle.